I-INTRODUCTION
Les multiples crises (économiques, financières, sociales) que traverse le monde exacerbent les inégalités sociales et exposent des couches sensibles comme celles des femmes à une plus grande précarité.
Ce contexte de crise fait de la problématique de l’égalité des sexes une priorité sociétale de taille dont se sont saisis les organisations internationales ainsi que les pouvoirs publics de certains pays. Depuis plusieurs décennies, la quasi-totalité des pays du monde a pris conscience de la nécessité et de l’urgence de la mise en place des politiques visant à atteindre l’égalité entre femmes et hommes, car celle-ci constitue un facteur d’équilibre social et le gage d’un développement économique harmonieux ne laissant personne de côté.
En effet, de l’avis de plusieurs experts, « garantir les droits des femmes et des filles dans tous les aspects de la vie est le seul moyen de bâtir des économies justes et prospères et de préserver une planète saine pour les générations de demain »
Des efforts indéniables sont consentis pour atteindre cet objectif, qui se heurte cependant au manque de moyens financiers. Par exemple, l’ONU affirme que l’un des obstacles à la réalisation de l’égalité des sexes d’ici 2030 est le manque criard de financement, avec un déficit annuel de 360 milliards USD pour les dépenses consacrées aux mesures en faveur de l’égalité des sexes » (www.un.org/delegate).
C’est fort de ce constat alarmant que la journée internationale de la femme 2024 a été placée sous le signe du renforcement de la cadence imprimée aux initiatives visant à résoudre la question cruciale de l’égalité des sexes et plus spécifiquement celle de la marginalisation des femmes dans la société.
Ce thème se décline sous cinq (5) axes principaux qui nécessitent une action collective forte: Investir en faveur des femmes : une question de droits humains (1), Mettre fin à la pauvreté des femmes(2), Mettre en oeuvre un financement tenant compte du genre(3), Soutenir les agents de changement féministes(4) et Passer à une économie et une société de soins(5).
II-ANALYSE DES DIFFERENTS AXES CLES DE MOBILISATION COLLECTIVE
1- Investir en faveur des femmes : Pourquoi investir dans la femme?
C’est le principal défi en matière des droits humains. C’est une question de droits humains, d’égalité, une reconnaissance de l’importance de son rôle dans la société.
- Une entreprise, une communauté et un pays se développent proportionnellement au niveau d’éducation des femmes ;
- La femme est un facteur de paix (entre les clans) et d’équilibre social ; elle est porteuse de valeurs d’empathie, d’attention aux autres, de coopération et de solidarité. Ces valeurs sont de puissants vecteurs de changement face à un monde exclusivement masculin où auraient longtemps régné la compétition, l’agressivité, la violence.
C’est un gage d’une société inclusive, car le progrès en faveur des femmes profitent à tous (elles constituent le socle de la famille) ;
Des femmes prospères impliquent une économie prospère ;
Combler les manques (services de soins, emplois décents) permet de créer près de 300 millions d’emplois (www.unwoman.org; 24 février 2024)
2- Mettre fin à la pauvreté des femmes
Depuis 2020, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté s’est accru de 75 millions, du fait de la pandémie du COVID, des conflits géopolitiques, des catastrophes climatiques et des bouleversements économiques ;
D’ici 2030, + 342 millions de femmes et de filles pourraient vivre sous le seuil de pauvreté (- 1$/jour). Il faut donc agir dans l’urgence par des actions concrètes !
3- Mettre en oeuvre un financement tenant compte du genre
75% des pays réduiront leurs dépenses publiques d’ici 2025 du fait des conflits, de l’augmentation des prix (denrées alimentaires, carburants) ;
L’austérité a des répercussions négatives sur la situation des femmes et affaiblit les dépenses publiques consacrées aux services publics essentiels et à la protection sociale.
4- Soutenir les agents de changement féministes
Les organisations féministes se mobilisent contre les inégalités et la pauvreté des femmes ;
Difficulté de taille: elles ne perçoivent que 0.13% du total de l’aide publique au développement.
5- Passer à une économie verte et une société de soins
Le système économique actuel exacerbe la pauvreté, les inégalités et la dégradation de l’environnement. Phénomènes qui affectent plus les femmes et les groupes marginalisés ;
Il faut adopter des modèles économiques alternatifs : passer à une économie verte et une société de soins, qui fait davantage entendre la voix des femmes ;
L’économie verte prend en compte le besoin de protéger l’environnement, le changement climatique, le développement durable ;
L’Etat soutient plus des initiatives politiques et non économiques dans le domaine de l’environnement.
Il faut soutenir des activités comme :
Les Energies renouvelables (solaire, éolienne) dans les zones reculées ;
L’agriculture BIO (durable) : mettre en oeuvre des initiatives dans les systèmes agricoles respectueux de l’environnement. L’agriculture durable conduit à une autosuffisance alimentaire ;
Il faut un soutien de l’Etat, des ONG en faveur des nouvelles techniques de culture moins consommatrices d’eau (exemple : production aquaponique= culture agricole et piscicole en circuit fermé)
La gestion des déchets : valorisation des déchets suivant la règle des 3R (Réduire, Réutiliser Recycler) ;
Accompagnement des femmes dans l’entreprenariat : - Des fonds de l’Etat pour soutenir la recherche et développement. Créer des institutions destinées à booster le passage vers cette économie verte ;
- Un appui et non de petites subventions ;
- Mutualisation des efforts par la constitution en GIE, coopératives ;
- Accès à certaines opportunités et formations (RH, marketing, comptabilité, …) ;
- Création des incubateurs qui soutiennent des startups féminines et leur développement stratégique ;
Passer à l’économie de soins (personnel domestique ou ménagère, services médicaux aux personnes âgées) - Une législation en faveur des métiers de ménagères (SMIG, cotisations sociales, droits) ;
- Sortir la profession de l’informel et de la précarité. Il faut une régulation des Etats ;
- Revenu du travail décent, pouvoir économique. Faire reculer ne profite à personne mais le faire avancer profite à tout le monde.
Ce sont des défis à relever = opportunités= avenir meilleur pour tous
III- COMMENT PROMOUVOIR L’ENTREPREUNARIAT FEMININ ?
Les femmes au Congo représentent une très faible proportion de chefs d’entreprise, les hommes restent largement majoritaires. Des actions fortes sont à prendre pour inverser ou équilibrer cette tendance. Il s’agit notamment de :
Permettre aux femmes entrepreneures d’accéder aux crédits bancaires plus facilement quel que soit le statut juridique de l’entreprise. - A notre connaissance, il n’existe pas Congo des banques ayant des produits spécifiquement dédiés à la promotion de l’entrepreneuriat féminin. En revanche, il existe des institutions de micro finance telles que la Caisse Féminine de Crédit Mutuel (CFCM), née il y a plus de 20 ans d’une tontine de femmes, qui financent des activités des femmes. Mais ce sont des activités de subsistance et peu lucratifs. C’est un exemple de mutualisation des efforts à suivre, qui a besoin d’être soutenue par les pouvoirs publics.
- Pour permettre aux femmes d’investir dans des secteurs rentables de la chaine de valeur comme la PMI (fabrication des produits capillaires), il faut créer des mécanismes de garantie des financements sollicités par les femmes. Cas en France avec la garantie « Egalité Femmes », elle garantit des prêts jusqu’à 50 000 euros, soit 33MFCFA. (cf. Association France Active).
Briser les stéréotypes du genre : choix des métiers ou des formations (casser son approche genrée) ; Comme sur le plan politiques, créer des quotas de représentativité pour permettre aux femmes d’accéder aux hautes fonctions publiques et à la tête des plus grandes entreprises publiques et privées dans des secteurs tels que le pétrole, l’énergie, l’industrie, la finance… Aider les femmes à accéder aux marchés publics plus lucratifs mais bien souvent gagnés par les hommes.
Faire un travail de sensibilisation et d’éducation : encourager les femmes à briser les stéréotypes du genre en se lançant dans l’entreprenariat, en devenant des capitaines d’industrie. Ne pas se contenter que des activités traditionnellement féminines, mais viser celles qui sont plus rentables comme les énergies renouvelables, l’agriculture industrielle. Par exemple en Côte d’Ivoire, les femmes à travers des coopératives contrôlent une grande partie des exportations de la noix de cajou. Le pays en est devenu le premier producteur mondial.
Valoriser l’entreprenariat féminin : plébisciter les succès d’affaires des femmes par la création de « prix de l’entreprenariat féminin ». Mettre en avant le parcours des
femmes qui osent et réussissent dans les affaires : les « Role Model ». Donner plus de valeur aux activités typiquement féminines que les femmes possèdent déjà.
Renforcer les accompagnements en créant des plateformes collaboratives et des réseaux de femmes chefs d’entreprise. Ces réseaux facilitent les rencontres et aides entre femmes, ils permettent la mise en place des formes d’aide à l’affirmation du leadership féminin, et de soutien financier, moral et techniques en faveur des membres. Encourager les femmes à se mutualiser par la création de grandes coopératives, des GIE…
Elaborer des stratégies d’autonomisation des femmes : l’investissement dans l’autonomisation économique de la femme permet d’augmenter leur pouvoir de négociation, leur confiance en soi et leur autonomie dans la prise des décisions (www.unwomen.org). Un des outils efficace demeure la mutualisation des risques et des idées.
IV- LE ROLE DE L’ETAT DANS LE DEVELOPPEMENT DE L’ENTREPREUNARIAT FEMININ- PERSPECTIVES
En principe l’Etat est le garant du bon fonctionnement de l’activité économique. Il régule l’économie. En créant des lois, il peut orienter les affaires économiques dans certains sens. Il pose le cadre juridique et réglementaire.
Il joue un rôle d’allocation des ressources (mise en place des certains services publics comme les services de sécurité et défense, de santé…).
Redistribution des richesses pour pallier les inégalités. Il modifie la répartition des revenus par le prélèvement des impôts et de cotisations sociales, la distribution des revenus de transfert qui affectent le niveau de vie des ménages (prestations reçues, tous les filets sociaux comme LISUNGUI).
Au demeurant,
il est du ressort des pouvoirs publics (des ONG dans une certaine mesure), d’impulser cette dynamique par la création d’agences dédiées ou de fonds spécifiques orientés vers cet objectif, avec à leur tête des femmes ayant fait leurs preuves dans les affaires;
exploiter en y logeant des fonds dédiés à la promotion de l’entreprenariat des femmes, des institutions de micro finance qui financent plus efficacement les activités informelles où les femmes sont majoritaires, les banques de l’Etat (BCH, BPC) qui existent déjà au Congo: - le Fonds d’Impulsion, de Garantie et d’Accompagnement (FIGA), dont les missions sont le soutien aux projets de création d’entreprises et de l’artisanat, la garantie des crédits d’investissement, le financement des programmes de renforcement des capacités.
- Agence pour la Promotion des Investissements (API), dans une certaine mesure.
PERSPECTIVES
Couler dans des lois la politique de développement des entreprises issues des femmes
Transposer au bénéfice des femmes des modèles qui marchent ailleurs en matière de politiques d’aide à la création d’entreprises par les couches ‘’marginalisées’’.
Des exemples transposables dans notre contexte en faveur des femmes : aux Etats-Unis, plusieurs lois et programmes ont permis de consacrer une part importante des marchés gouvernementaux et des subventions accordées aux PME issues des minorités. Small Business Administration (SBA), Minority Business Development Agency (MBDA)- Agence pour le Développement des Entreprises Minoritaires. La ville New york fait marcher un programme pour les entreprises locales, qui réserve 10% de tous les projets de construction prioritairement aux entreprises minoritaires
Soutien aux Microfinances. Jouant indéniablement un rôle de taille dans le financement des activités des femmes, elles ont elles-mêmes des besoins de financements élevés qu’il revient à l’Etat de satisfaire en vue de sortir l’entrepreneuriat féminin de l’informel. Il faut une vraie politique des micro finances, et une prise en compte des attentes de ce secteur dans les lois des finances à venir
Instauration d’une politique de quotas dans les grandes entreprises publiques et privées : afin de baisser les barrières à l’accès des femmes aux comités de direction ou à la tête des conseils d’administration de ces entités. Exemple, à quand une DG chez SNPC, E2E, SNDE, ARC, BPC, BCH, CHU, BSCA Bank… ?
Pourquoi pas pour les femmes une espèce de Black Economic Empowerment (BEE) -Développement Economique des Noirs-
Ce programme à base raciale lancé par le gouvernement sud-africain pour rectifier les inégalités créées par l’Apartheid à l’encontre de certains groupes. C’est une forme de discrimination positive. Il comprend des mesures concernant le développement des compétences, la propriété, la gestion, le développement socio-économique et l’approvisionnement préférentiel. (Source : Wikipédia)
Toutes les entreprises ayant un chiffre d’affaires donné sont tenues d’appliquer le BEE
Un code de bonnes pratiques du BEE est publié : il contient plusieurs codes
Des tableaux de bord sectoriels sont publiés (finance, construction, tourisme…) avec une pondération, une cible /objectif de conformité
Les entreprises peuvent être évaluées selon divers tableaux de bord, et une note leur est attribuée en fonction de leur niveau de conformité. Cela ressemble à un LABEL DE QUALITE
BT INTEGRAL CONSULTING, SPECIALISE EN STRATEGIE NOTAMMENT DANS LA CONCEPTION ET LA MISE EN PLACE DE TABLEAUX DE BORD PROSPECTIFS PEUT JOUER SA PARTITION DANS UN TEL PROJET.
V- DIVERS : LES SOURCES DE FIANCEMENTS
Les banques et micro finances locales;
Les institutions financières internationales: Banque mondiale (SFI), BAD, BDEAC, Agence Française de Développement ;
Fonds d’investissement : - Sociétés de capital-risque (Start up en phase de lancement + particpe à la gestion) ;
- Sociétés de capital développement (en phase de croissance ou de développement ;
Business Angel = Investisseurs providentiels (personne physique- phase d’amorçage de l’activité) : - Prêts
- Participations minoritaires
- Recherche de partenaires (pool d’investisseurs)
Financements participatifs (Crowdfunding = communauté d’internautes (plateformes dédiées) : bonne alternative pour les entrepreneurs incapables de mobiliser des fonds par les voies traditionnelles : - Dons (Reward crowdfunding)
- Prêts (Crowdfuding)
- Investissements (participations minoritaires – 20%)
Financements solidaires : secteur économique et social : production de biens et services à forte utilité sociale et/ou environnementale. Plateformes
Crédit-bail = Leasing